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mardi 17 juillet 2018

L'amour métissé en noir et blanche

Là-bas

Elle

Elle est jeune, heureuse, en voyage ou en stage, épanouie.  Elle a quitté l'occident pour réaliser une immersion en Afrique.  Tout lui plait et la bouscule à la fois.  Elle s'intéresse à tout, tous s'intéressent à elle.  Elle n'a jamais connu une telle gentillesse, générosité, on la salue et lui sourit partout où elle passe, jamais été aussi heureuse, vivante, présente.  Loin du stress, des angoisses.  Ce n'est pas toujours facile, mais si léger à la fois.  Elle prend de longues marches, ravie des scènes du quotidien, de la beauté des femmes, des sourires des enfants.  Il  y a cette joie qui plane, une insouciance apaisante, un moment présent qui s'étire et se laisse savourer.  Et puis elle l'a rencontré, lui. Il est beau, gentil, différent de tout ce qu'elle a connu.  Il lui apprend la langue, les coutumes, lui explique toutes ces subtilités qu'elle ne comprend pas.  Il est patient, rit de ses faux-pas.  Une gentillesse vraie et simple.  Sa famille l'a adoptée avec une telle spontanéïté, les bras grands ouverts.  Elle cuisine avec ses sœurs, ses neveux et nièces assis sur les cuisses, tout est sujet à la blague.  C'est un univers entier qu'elle découvre, il en est le guide.  C'est plein d'amour, de projets, de légèreté aussi.  Même le sexe est différent.  Il est tellement homme, il sait ce qu'il veut: elle.  Elle ne s'est jamais sentie aussi désirée, protégée, aimée.  Elle le sent si fier de la présenter, d'être son homme, ne s'est jamais sentie aussi importante pour quelqu'un.  Il n'a pas grand chose, mais il lui donne tout ce qu'il a, lui paye la bière, les brochettes de mouton, l'amène en ville, à la campagne, il la comble de mille attentions. Elle  n'a jamais rien vécu de tel.

Lui

Il est du pays, qu'il aime, il en est fier.  Surtout quand il est avec elle, si avide d'en découvrir les beautés.  Chaque jour sort de l'ordinaire.  Il n'a jamais eu la chance de quitter le continent, mais il voyage à travers elle.  Elle est si différente.  Déstabilisante et touchante à la fois. Elle lui partage toutes ces nouveautés qu'il ignorait.  Pour lui aussi, un monde s'ouvre.  Il a rêvé longtemps d'approcher une blanche.  De l'embrasser.  De découvrir ce qu'est l'amour, le sexe, la vie dans ce monde où tout parait si facile.  Et c'est vrai que c'est facile!  D'abord, malgré qu'elle soit riche et puisse tout acheter et aller où bon lui semble, elle n'est pas comme les filles qu'il a l'habitude de côtoyer, qui demandent tellement en donnant si peu.  La blanche se fout de l'argent et du statut.  Elle aime comme ça, sans complexe, et plutôt que de demander, elle donne.  Tout.  Avec tellement d'amour.  Son corps, son cœur, ses projets, même si elle le sait sans le sou, d'une famille humble.  Il se sent tellement fier de se promener avec elle dans chaque coin du pays.  Elle a de longs cheveux, si doux, il ne se lasse pas de passer sa main dedans.  Des yeux clairs.  Elle est bien en forme, en chair, quand il la touche, c'est mou, doux, il adore.  Elle lui dit que chez elle, les femmes comme elle ne se font pas draguer.  C'est difficile à croire quand on voit à quel point tous les regards sont rivés sur elle ici.  Il n'y a pas un homme pour l'ignorer.  Mais c'est à son bras à lui qu'elle est.  Elle n'a de yeux que pour lui.  L'amène en voyage avec elle, le présente à tous ces autres blancs, où il se sent de plus en plus à l'aise, à sa place.  Tout est comme dans un rêve.  Il est fou d'elle.  De sa simplicité décomplexée, sa fragilité aussi, son insouciance, sa vie pétillante, sa curiosité sans limite, leurs mille discussions, son absence de protocole, ses exubérances imprévisibles.  Et puis le sexe.  Le sexe est formidable!  Sans tabous, à la lumière du jour, elle lui fait des trucs qu'on ne fait que chez les putes, et loin d'être inconvenant, c'est mêlé d'amour.  Lui aussi lui fait des choses qu'il n'oserait jamais faire avec une fille du pays, qui n'accepterait jamais.  Il se laisse aller, découvre le désir et le plaisir féminin, assumé et assouvi.  Au début, ça lui faisait peur, cette sexualité débridée chez elle.  Ça le rendait jaloux, la peur de le perdre aux bras d'autres hommes.  Mais il apprend à la connaître, à lui faire confiance.  Elle lui fait bien confiance aussi, jamais ces scènes pour des broutilles auxquels il a été habitué.  Elle lui ouvre la porte sur un amour honnête, confiant, intime.  Dans le lit, dans les conversations, dans ce partage de tous les gestes quotidiens.  Bien plus qu'une amante, elle est devenue une amie, une confidente, un réconfort.  Il n'a jamais eu ce genre de relation avec ses copines du pays.

Eux

Ils se sont créé un monde à eux, à mi-chemin entre 2 cultures.  Leurs valeurs, coutumes, expériences sont divergentes, mais ils finissent par se retrouver, par s'aimer.  Ils sont entourés d'autres couples comme eux, mixtes, qui vivent des chocs culturels semblables.  Ça donne des conversations parfois houleuses, mais combien éclairantes.  Ils sont conscients de ne pas toujours bien se lire, font des efforts pour mieux se comprendre, font des compromis, s'essaient à la nouveauté.  Elle discute avec ses copines du pays pour déchiffrer ses humeurs, il en fait de même avec ses nouvelles connaissances étrangères.

Ils savent que ce sera un défi, que l'immigration a son lot de difficultés, mais ils sont confiants en leur amour.  Ils se sont mariés, et ont pris la décision d'aller vivre en occident.  Elle est pleine d'optimisme, il a confiance en elle.  Ils se foutent pas mal des regards jugeants, les uns croyant qu'il ne veut que ses papiers, les autres se moquant d'elle en soulignant qu'elle a succombé à ses fantasmes sexuels exotiques.  Ils se connaissent, se reconnaissent, et ils s'aiment, envers et contre tous.


Ici

Elle

Elle n'avait jamais imaginé que le retour serait aussi difficile.  Elle se sent perdue dans son propre pays, elle cherche ses repères, a cette impression d'être ni ici ni là-bas, de flotter quelque part au-dessus de l'atlantique, comme si l'avion avait ramené son corps trop rapidement, que son âme n'avait pas eu le temps de suivre.  Tout lui manque.  Les bonjours du matin, les thés de l'après-midi, les soirées de rires, de danse et de discussions.  Et la simplicité.  À son retour, tout le monde voulait qu'elle raconte, alors qu'elle ne voulait que profiter de tous ces petits riens qui lui avaient tant manqués, elle avait des amitiés à reprendre, plein de gens à voir.  Quand elle a eu besoin de raconter, ou que des souvenirs remontaient, qu'elle voulait les partager, elle a vite compris qu'on la trouvait chiante avec ''son Afrique''.  Qu'on lui demandait d'en revenir, que la vie continuait de tourner, et pas seulement autour de son ''expérience de voyage''.

Elle a été surprise de l'accueil qu'on a fait à son mari aussi.  Elle croyait son milieu ouvert, loin du racisme.  Mais ce n'est pas aussi simple.  Elle entend, dans certains commentaires, regards ou silences, qu'on a peur pour elle.  Que l'on craint qu'elle se soit faite avoir, par cet Africain, qui ferait tout pour avoir ses papiers.  On la considère avec une certaine pitié, comme une pauvre enfant bien naïve qui aura un réveil brutal.  Elle sait qu'il le sent lui aussi, elle en a honte.  Après l'accueil que ses proches lui ont fait à elle au pays, les présentations ici sont une vraie douche froide.  Elle ressent sa honte à lui d'être un fardeau, son atteinte dans sa dignité.  Quand elle aborde le sujet, on dirait qu'elle empire la chose, elle la tait.

Tout est tellement compliqué.  Elle a dû retrouver un emploi.  Pas ce qu'elle cherchait, mais son compte étant à sec, elle a pris ce qui passait.  Les billets d'avion, les frais d'immigration, repartir un logement à neuf, et cette vie si chère ici…   Elle voit qu'il se sent mal de ne pas pouvoir travailler.  Ça fait des mois qu'il a déposé sa demande, mais le visa de travail n'est toujours pas arrivé, et s'il se fait prendre à travailler au noir, adieu sa résidence permanente.  Avec des horaires de fous, elle essaie de joindre les deux bouts, de peine et de misère.  Le stress occidental a refait surface, teinté son humeur. 

Elle sait qu'il n'est pas habitué au partage des tâches d'ici, elle n'a plus de bonne comme au pays, et c'est lourd.  Elle n'a jamais été forte sur le ménage, elle sent parfois son jugement quand il regarde les plats touts faits qu'elle réchauffe, les chemises qu'elle ne repasse pas, le plancher qu'elle ne lavera sûrement pas tous les jours à la main comme sa mère et ses sœurs faisaient là-bas.  Elle essaie de se raisonner, de se rappeler les différences culturelles, mais dans le fond d'elle, ça gronde quand il agit comme un petit roi. Il devrait voir qu'elle se plie en 4 pour qu'ils soient bien, qu'elle est épuisée et il pourrait mettre son orgueil de mâle de coté pour faire le souper et laver les toilettes de temps à autres pendant qu'elle est au boulot à se faire chier pour eux deux!

Leurs rires ont disparu, ils s'engueulent de plus en plus souvent, et fait nouveau, il est devenu terriblement jaloux.  Plus elle essaie de parler de la situation, plus il s'enferme dans un silence boudeur, une agressivité passive, une fermeture totale.  Elle n'a personne à qui en parler, ses proches sont déjà dans le jugement de sa situation, leur livrer ses doutes leur donnerait raison, renforcerait leur inquiétude.  Elle ravale.  Elle avait essayé de le préparer au choc culturel, mais c'est comme si elle ne lui avait jamais rien dit.  Il pique de ces colères des fois, il crache des mots horribles sur sa culture, ses valeurs, qu'il juge dépravées.  Et puis il n'a aucune conscience du coût de la vie!  Il lui monte des factures de téléphone à appeler sans cesse au pays, et quand elle lui en parle, c'est une vraie catastrophe.  Même chose pour le cellulaire qu'il tient absolument à avoir, même s'ils ont une ligne à la maison et qu'il ne connaît presque personne ici!  Elle n'a pas les moyens de ces forfaits!  Mais il n'y comprend rien, elle voit bien qu'il la prend pour une pingre finie.

Le plus difficile, c'est de se savoir prise dans cette situation, car elle est responsable de lui.  Il n'a pas son soutien ici, pas de famille, pas de vrais amis.  Il est totalement dépendant d'elle, que ce soit pour se déplacer dans une ville qu'il ne connaît pas, pour toutes les démarches formelles qu'il ne comprend pas, même pour parler car il ne comprend rien à l'accent de chez elle.  Il lui parle d'avoir un bébé des fois, elle ne sait pas comment il peut logiquement envisager qu'elle tombe enceinte alors qu'elle n'arrive déjà pas à gérer le quotidien pour eux deux!  Elle se sent tellement fatiguée…

Lui

L'occident… Si les gens au pays savaient.  Il en aurait long à dire, mais personne ne le croirait, on dirait qu'il ment pour éviter d'envoyer une partie de sa nouvelle richesse au pays, ou par méchanceté, pour ne pas partager sa chance.  Alors il se tait.  Quand les copains écrivent, qu'il parle à sa famille, il dit que tout va bien, envoie des photos d'eux dans de beaux endroits, de belles bagnoles, de grandes maisons.  S'ils savaient que même pour mettre un repas sur la table il doit compter sur sa femme…  Il a honte, se sent humilié.  Floué.  Il n'y a pas de dignité pour un Africain chez les blancs.  Sa belle-famille le lui fait bien sentir d'ailleurs.  Les connaissances aussi.  Même la femme du dépanneur, qui parle une espèce de patois incompréhensible s'est permise de lui demander s'il savait parler français.  Il lui a presque demandé si elle voulait qu'il le lui apprenne correctement, mais là aussi, il s'est tu.

Tout est silencieux ici.  Pas de bonjour, pas de sourire.  Quand on croise le regard de quelqu'un, ce dernier détourne vite les yeux comme s'il avait commis une faute.  Pas d'entraide, si peu de gentillesse.  Il a visité une connaissance l'autre jour, y est arrivé alors qu'il mangeait avec son épouse.  Ils ne l'ont pas invité à se joindre à eux, ils lui ont offert un journal en attendant.  C'est tout dire.  Sa femme aussi a perdu le sourire.  Il ne savait pas qu'elle pouvait être stressée comme ça.  Elle ne rit plus, elle contrôle tout.  Toutes ses discussions tournent autour de l'argent.  Comme s'il ne se sentait pas assez humilié comme ça.  Il sait qu'elle a fait beaucoup pour lui.  Elle n'a pas besoin de le lui rappeler, c'est une épine dans le pied qui ne se fait jamais oublier.  Et puis le regard de ses amis sur lui, comme s'il était un parasite venu se nourrir d'eux.  Sortir avec elle le rabaisse aujourd'hui.  Il n'a pas encore ouvert la bouche qu'on l'a déjà jugé et condamné.  De toute façon, ils ne sortent presque plus.  Pas de temps.  Pas d'argent.  Et puis la bière qu'il ne peut payer et offrir goûte l'amertume, elle sent l'humiliation.

Il est jeune, fort, a ses 2 bras.  Il veut travailler, construire sa vie, prendre en charge sa femme et sa famille qui compte sur lui depuis le pays.  Il est loin d'être fainéant.  Et pourtant, il est là, à la maison, à jouer la bonne.  Rendu dépendant pour tout, ça le rend dingue.  Et quand il sort seul, il arrive des trucs pas croyables.  La semaine dernière, il est parti marcher dans le quartier, il se promenait tranquillement.  Il y avait une dame âgée qui fumait sur son balcon.  Elle le regardait, lui a souri.  Ça faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé, il était content, a fait un signe de la main.  Elle lui a alors proposé de rentrer chez elle, qu'elle pouvait le payer s'il voulait.  Pas assez de se faire bonne, il doit devenir pute maintenant?  C'est donc là la valeur de l'Africain dans ce pays?  Et cette autre fois ou il est sorti en boite.  Il s'était retrouvé entouré de 6 femmes d'âge mur, qui lui demandaient à brûle pourpoint: "Alors dis-nous... Comment on fait l'amour avec un nègre sans se fatiguer?"

Il regarde les couples autour de lui, entend parler les amis de sa femme, il n'y comprend rien.  Les femmes donnent tout, sans même qu'on le leur demande.  Mais rien n'est solide.  Pour une broutille, elles vous quittent, divorcent, leur amour est fragile et ne résiste à rien.  Et lui qui a tout laissé derrière lui pour elle.  Sa mère, sa famille, ses amis, son boulot, n'emportant avec lui que 40 kg de biens matériels, et qui se retrouve complètement à la merci de sa femme qu'il découvre peu fiable.  Elle pourrait se fatiguer de lui n'importe quand, le jeter comme elle l'a pris, du jour au lendemain.  Il n'aurait même pas l'argent pour retourner chez lui.  Il essaie de ne pas y penser, la panique l'envahi.  Elle veut parler, tout le temps, elle sort des mots qu'elle ne mesure pas, qu'elle regrette par la suite.  Mais est-ce qu'il est même en position de pouvoir parler, lui?  Pour pouvoir s'exprimer, il faut être libre, avoir cette liberté de rester intègre, quoiqu'il advienne!  De toute façon, s'il dit de jolis mots, on le taxera de profiteur qui endort sa victime.  S'il parle durement, il sera un ingrat qui ne connaît pas sa chance.  Alors il se la ferme.  La parole est comme l'eau versée, on ne peut la ramasser.  Il tient son verre d'eau à deux mains et ne laisse pas couler une seule goutte.

Quand il veut poser un geste concret de foi en l'avenir, lui faire un enfant, un acte lui redonnant sa dignité d'homme, qui lui rendrait fierté, joie et amour, elle lui parle encore d'argent, de responsabilité, il sent bien qu'il n'est qu'un poids pour elle, et qu'il la perd tranquillement.  Ils étaient si heureux là-bas.  S'il avait su, il n'aurait jamais mis les pieds dans ce pays...  Vraiment, il est fatigué.



Seul le poisson mort se laisse porter par le courant par Eve Lavigne
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Bonne lecture!

jeudi 5 juillet 2018

Courtiser à l'africaine

 
Que l'on fasse parti de ces femmes qui trouvent les Africains collants, ou de celles qui croient que l'amour n'a pas de couleur, on ne peut nier que l'approche de la femme convoitée diffère drastiquement entre le Québécois et l'Africain.  Mais pourquoi donc?
Avant d'essayer d'expliquer le comportement de l'autre, il est important de reconnaître ses propres habitudes.  Comment ça se passe entre 2 Québécois en gros?  On le sait, on est une société marquée par le féminisme, ou les hommes ont parfois peur d'affirmer leur virilité sous peine d'être taxés de machos ou de gros colons.  Tout se fait donc dans une subtilité qui peut à la limite être agaçante pour les femmes.  Parfois, on a même l'impression qu'on a beau envoyer des signaux lumineux phosphorescents d'intérêt, les hommes marchent sur des œufs et se retiennent au maximum.  Offrir une bière à une femme est devenu un acte de courage.  Le moment de séparer la facture au restaurant entre un homme et une femme qui viennent de se rencontrer, un terrain miné. Lui faire un compliment, un vrai saut dans le vide! Vous dansez, un homme s'approche en vous regardant, vous lui tournez le dos?  C'est fini, il a compris et son égo est déjà touché avant même de retourner à la table ou ses copains se moqueront de lui.  Pas étonnant que beaucoup de ces gars, pour éviter toute anicroche, se retrouvent dans la friendzone!

 Et imaginez que ça fonctionne?  Peut-être que ce sera la femme qui aura fait les premiers pas, ce qui est pas mal dans la façon de fonctionner au Québec. Vous vous retrouverez un soir dans les bras l'un de l'autre, prolongerez la chose dans la nuit, irez déjeuner le lendemain matin au resto du coin.  Mais vous ne serez pas encore officiellement ensemble.  Ah non!  Parce qu'au Québec, l'amour physique précède de longtemps l'amour du cœur.  De peur d'avoir l'air empressés, vous enlignerez les nuits torrides sans jamais dire cette fameuse phrase fatidique, épeurante, qui peut tout gâcher: '' Je t'aime!''  Et rien ne sera clair.  Nous avons tellement de façon de ne pas être en couple, c'est fou.  Amants, fuckfriends, couple ouvert, polyamour, histoire d'une nuit, d'une semaine, d'un mois, si ça se trouve, vous habiterez pratiquement ensemble ou serez futurs parents avant d'avoir un statut clair.  Et le ''je t'aime'' risque fort de sortir de la bouche féminine avant de n'être murmuré de la sienne. 
Ça c'est notre façon de faire.  Tellement différente de la manière africaine, pas surprenant que les gars qui débarquent de Ouagadougou et qui se retrouvent dans un bar du centre-ville n'y comprennent rien.  Pas étonnant non plus que les Québécoises s'effarouchent des manières assumées de ces hommes qui savent démontrer ce qu'ils désirent.  

 Comment se passe la drague au Burkina par exemple?  Eh bien, il faut savoir que lorsqu'une femme est émue par la présence d'un homme, elle fera tout pour l'ignorer.  Elle ne le regardera pas, ne lui parlera pas, en fait on pourra juger de son attirance a l'inverse proportion de l'attention qu'elle lui donnera.  Elle ne fera absolument jamais les premiers pas, et au contraire, malgré son intérêt certain, elle fera tout pour se montrer difficile d'approche.  C'est à l'homme de montrer sa valeur, son sérieux, en tenant bon, malgré les mauvais traitements qu'elle lui fera subir.  Ce n'est pas une société féministe, ce n'est pas un endroit ou une femme peut faire ce que bon lui semble et être au-dessus des jugements.  Elle doit être sérieuse, garder sa respectabilité, et c'est à l'homme de pousser, de porter sur lui la charge de la chose, comme si elle finissait par accepter a contrecœur.  Il doit sauver les apparences pour qu'elle puisse finir par s'ouvrir, tout doucement, avec le temps.
Si elle accepte d'aller au restaurant avec lui, elle le fera probablement poireauter des heures avant d'annuler bien après l'heure prévue.  Elle viendra peut-être au 3e rendez-vous, très en retard, l'air absent, elle parlera très peu.  Dans le resto ou il l'amènera, y mettant peut-être 2 ou 3 semaines de salaire, elle prendra le repas le plus dispendieux, mangera 2 bouchées et dira qu'elle n'a plus faim.  Même s'il en crève d'envie, il ne prendra pas les restes pour emporter et gardera le sourire.  Il multipliera les ''Je t'aime'', qu'elle ne prendra pas au sérieux, ils ne peuvent effectivement rien vouloir dire.  Elle lui fera payer multiples caprices, du poulet braisé le samedi soir, à la robe de bal, en passant par les frais de scolarité du petit frère.  Vouloir sérieusement une femme Africaine, c'est être prêt à tout accepter, à y mettre le paquet, à voir les enchères monter, et suivre, en serrant les dents, avec le sourire.  Pas étonnant que les jeunes ne se marient pas tôt, ils n'en ont pas les moyens!  Quand il aura rencontré la famille, envoyé 1000 textos, enduré 20 rendez-vous manqués, refait la garde-robe complète de la douce, il aura droit à un baiser.  L'amour physique, avec une femme sérieuse, qui ne se rabaisse pas, sera un acte d'engagement.  Approuvé par les parents, un aboutissement qui donne sur un projet de vie commun.

 Dans un tel contexte, comment voulez-vous que ce même gars, qui vient à peine d'arriver, comprenne que parce que vous refusez de lui donner votre numéro de téléphone, ou de danser avec lui, qu'il devrait se retirer gracieusement et ne plus vous embêter???  Il est formaté a vous démontrer la valeur de son sérieux et il le fait avec respect.  Là où vous voyez de l'insistance, du harcèlement, il voit probablement votre attitude de blanche, polie mais ferme,  pour une coquinerie visant à faire mousser le jeu.  Ou si au contraire, vous êtes intéressée, que vous prenez les devants, et finissez la soirée dans son lit, comment pourrait-il comprendre que vous êtes malgré tout sérieuse, et encore respectable?  Je ne parle pas des gars ici depuis longtemps, qui ont compris la game et savent maintenant la jouer.  Ceux-là peuvent devenir paresseux à la longue, et comprendre qu'au Québec, le moins tu en fais, le plus tu en tires.  Il pourra gouter à la joie du non-engagement national, quitte à attendre de rentrer au pays plus tard pour se marier avec une femme '' sérieuse '', selon les règles qu'il connait et respecte.
La parade amoureuse n'est pas sans couleur et sans odeur.  Mélanger les épices, locales et exotiques se fait parfois avec risque, on commet des gaffes, et des fois, de vrais chefs-d'œuvre. 



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vendredi 15 juin 2018

Les Oui et les Non quand on visite le Burkina Faso...

Vous avez acheté vos billets d'avion pour le Burkina, pris vos vaccins, acheté votre assurance, décidé de votre itinéraire et même réservé votre auberge?  Vous avez appris à dire "I ni Sogoma", "I ni tchiè" et "An bi kè kofé"?  Vous êtes prêts alors!

Et si vous ne l'étiez pas tant que ça finalement?

Le Burkina, comme chaque pays, a sa culture, ses valeurs, ses coutumes.  Et si vous arrivez de Paris ou de Bruxelles, il se peut bien que la première chose que vous fassiez en descendant de l'avion soit de... vous mettre les pieds dans les plats!  Mais rassurez-vous, les Burkinabè sont des gens qui ont une tendance à l'indulgence.  Tellement, qu'ils risquent de vous laisser faire, longtemps, sans jamais vous dire que ce que vous faites est absolument impoli.

Pour minimiser l'impact de vos prochaines bévues (vous en ferez! Pleins! Et ça fait parti du charme du voyage), voici une liste des us et coutumes que l'on pratique au Pays des Hommes intègres, et que l'on sera probablement bien surpris de vous voir ignorer.


  • Saluez!
Ça semble peut-être évident, et pourtant, combien de toubabous oublient de le faire.  C'est même la première des choses qu'on leur reproche: ils ne savent pas saluer!  Vos amis, c'est faciles, les connaissances aussi.  Mais ça s'applique à bien plus large que ce cercle.  Par exemple, si vous voulez connaître le prix d'un article au grand marché: vous ne pouvez pas tout simplement interpeller le vendeur pour le lui demander.  Il faut le saluer!  S'enquérir de sa journée, de sa santé, de sa famille, et ensuite pour pourrez poser vos questions.  Vous verrez, même le prix en sera meilleur.

  • Serrez les mains, mais DOUCEMENT!
La poignée de main africaine est douce, à la limite molle.  Et on la donne à chaque fois que l'on salue, à tous nos collègues quand on rentre au boulot, aux amis, dès qu'on le peut.
Voir une connaissance de l'autre coté de la rue et lui envoyer la main ne suffit pas.  Prenez le temps de traverser, de saluer avec une bonne poignée, et encore une fois, demandez des nouvelles de la journée, la santé, la famille.

  • La pudeur est dans la jambe.
Mesdames, vous pouvez allaiter les 2 seins à l'air si ça vous chante, ce n'est pas un téton qui va scandaliser au Burkina, ni une chemise sexy.  Et attendez vous à voir des femmes cultiver leur parcelle sans haut, surtout en campagne, c'est normal.

Par contre, les genoux, c'est osé.  Si vous portez une mini-jupe, mais même un short qui vous semble des plus conservateurs, sachez que les genoux ne se montrent pas en public au pays, autant pour les hommes que les femmes.  Personne ne vous le dira, mais sachez que vous serez jugé, à vous de voir si vous assumez ou pas.  Vous serez aussi rapidement catégorisé comme un touriste, et les prix monteront en proportion avec laquelle vous exhibez vos jambes.

  • Oubliez votre main gauche
Peu de gens utilisent le papier de toilette en Afrique.  C'est la méthode de la main gauche que l'on nettoie comme il faut par la suite.  Si on vous invite à manger dans un plat commun et que vous y plongez cette main jugée dégoûtante, ne vous étonnez pas si plus personne ne touche au plat après vous.  

Ça va plus loin que ça.  Rien ne se donne de la main gauche.  Rien!  Ni le stylo qu'on vous demande alors que vous êtes au téléphone de la droite, ni le verre d'eau que vous apportez, et surtout pas l'argent que vous voulez donner alors que la main droite tient les achats.  Vous devez prendre le temps de poser les choses et de transférer de main.

  • Si vous mangez devant d'autres personnes, dites-leur simplement "vous êtes invités!".
Ils ne se mêleront probablement pas de votre assiette (mais ça pourrait arriver qu'ils se joignent à vous aussi) mais c'est un signe de politesse, de respect.  Sinon, attendez d'être seul pour manger ce que vous n'êtes pas prêt à offrir.

  • On ne se mouche pas en public!
Ça ne se fait pas.  Point barre.  Renifler jusqu'à plus soif, cracher, cachez-vous dans les toilettes, mais de grâce, ne vous mouchez pas en public, encore moins au restaurant!


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jeudi 1 février 2018

Suis-je raciste?

Ma réflexion du soir: est-ce que je suis raciste?
J'ai vécu plusieurs évènements dernièrement qui m'ont demandée d'approfondir mes pensées sur la chose.
J'ai un fils noir. Et pas que noir. Non canadien. J'ai été l'épouse d'un Africain. Ma meilleure amie est Burkinabè, la plupart de mes potes n'ont pas ma couleur de peau. Je sais dire bonjour en dioula, Wolof, Swahili, Mooré, Hindi, espagnol, et quoi d'autre encore. Je lis les auteurs Africains, Cubains et Haïtiens, je connais ma politique internationale, je n'ai jamais crié d'injures ou rejeté qui que ce soit en raison de son origine.  Alors, suis-je non raciste?
 
Je vais faire un parallèle avec le féminisme. Je pense que l'on peut être un époux, un père de belles jeunes filles que l'on adore, lire les femmes, connaître leur situation dans le monde, ne jamais avoir payé pour des services sexuels et ne jamais avoir frappé ou insulté une femme, sans pour autant ne pas être macho.
 
Ne pas être blanc, aujourd'hui, et depuis trop longtemps, c'est vivre une réalité différente. Être au courant de cette réalité, essayer de ne pas y contribuer, être à l'écoute de ce que l'autre vit, prendre position, au risque de se faire dire que l'on prend tout au pied de la lettre et que l'on exagère, remettre en question les fonctionnement de notre société qui contribuent au statut quo, ne pas accepter les blagues, les allusions, les non-dits, ne pas profiter des privilèges que l'on a, mais d'abord être conscient de ces privilèges, utiliser son pouvoir (oui, on en a un, il est toujours inégal, et c'est pas demain que ça va complètement disparaître) donc utiliser son pouvoir de blanc, Canadien, pour décrier, ramener à l'opinion du public, obliger à faire la lumière... Et puis faire face à son inconscient. Confronter ses craintes. Ne pas être spectateur, mais réagir, à chaque fois, dans chaque détail. C'est tout un programme. Ce n'est pas quelque chose d'abouti, que l'on peut admettre: non, je ne suis pas raciste, non, je ne suis pas macho.
 
Ne pas être raciste, c'est prendre conscience, prendre action, et c'est un processus continuel. Parce que malheureusement, dans notre société, naturellement, dans la neutralité, il y a du racisme.
 
Est-ce que je suis raciste? Je l'ai été. Sans le vouloir. Sans le savoir. Souvent. Je pense avoir tout fait pour ne pas l'être aujourd'hui. Et je veux tout faire pour continuer à ne pas l'être demain.




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mardi 19 décembre 2017

En hommage au courage des femmes Burkinabè




Seul le poisson mort se laisse porter par le courant par Eve Lavigne

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samedi 25 novembre 2017

Une première critique littéraire

C'est avec émotion que j'ai lu ce matin la première critique littéraire publiée a propos de Seul le poisson mort se laisse porter par le courant, premier roman que j'ai publié le 4 octobre dernier. 
Vous pouvez trouver cette critique sur le Blog d'Aline, les livres d'Aline et sur babélio.

Je me permets aussi de la copier ici:

" Commentaire

Ce roman d'Eve Lavigne est une vraie pépite
Tout en contraste, le récit est à la fois beau et mélancolique, optimiste malgré la douleur et les difficultés. L'écriture de l'auteure est magnifique et émouvante, tout en restant d'une simplicité étonnante : Eve Lavigne trouve les bons mots, ceux qui frappent l'imagination et qui nous font ressentir les émotions qu'ils véhiculent.

L'histoire nous raconte le parcours de plusieurs personnes abîmées par la vie. Mais malgré leurs difficultés, ces personnages qu'Eve Lavigne a côtoyées font preuve d'une magnifique envie de vivre. Les difficultés, la maladie, le rejet de la société n'est rien pour ces personnes que notre société a tendance à qualifier de "marginaux" : tout ce qui compte, pour eux, c'est de pouvoir vivre comme il l'ont choisi. Et, au passage, ils nous donnent une belle leçon de vie ! Leur force et leur rage (dans le bon sens du terme) sont fascinantes.

C'est parmi cette galerie de personnages en difficulté qu'Eve Lavigne a trouvé un sens à son existence. La jeune femme se sent bien parmi eux et aime écouter leur histoire et leur poser des questions (parfois indiscrètes). De belles amitiés se développent sous nos yeux.

Mais Eve Lavigne n'est pas qu'infirmière, loin de là. Son roman nous parle aussi d'art et de littérature. De l'amour de sa mère pour les oeuvres d'art et pour la lecture, qu'elle a transmis à sa fille :

" Et la littérature. Le plus grand cadeau que ma mère m’ait offert. Jour après jour. Vian, encore. Steinbeck. La vie devant soi, de Romain Gary. Et la liberté qui vient avec. "

Nous, les lecteurs, serons tous d'accord : l'amour de la lecture n'est-il pas le plus beau cadeau que l'on puisse faire à un enfant ?

Seul le poisson mort se laisse porter par le courant est un roman qui parle de nombreux sujets : la vie, l'amitié, la pauvreté, la mort. Et tous sont abordés avec beaucoup de dignité par une auteure qui se livre sans tabou et nous parle de ses propres difficultés, de façon particulièrement émouvante :

" J’ai vécu un deuil. Anormalement long. Notre famille s’est brisée. Le père de mes enfants et moi avions notre lot de difficultés, et ma dépression, mon choc post-traumatique ont fini par achever ce qui restait de stable.

J’ai beaucoup erré, et je commence tout juste à me retrouver. À retrouver ce que Sali voulait tant me laisser : l’amour pour Ève. Le respect pour cette femme capable de grandes choses, mais qui ne sait se voir. Cette adulte ouvrant très grand les bras, dans laquelle se trouve une enfant inapte à tendre la main vers soi.

J’ai cherché l’amour chez les hommes, chez les autres, dans le bonheur créé autour de moi. Il me faut maintenant fouiller et atteindre ce lieu qui ne m’appartient qu’à moi, ce lieu divin. Et ce n’est pas facile. "

Salimata avait raison : Eve Lavigne est vraiment capable de grandes choses. En particulier avec une plume dans la main.
Le site Internet d'Eve Lavigne se trouve ici. N'hésitez pas à le visiter pour en apprendre plus sur l'auteure.

Et pour découvrir ce très beau roman, c'est ici pour la version numérique et là pour la version papier. Bonne lecture ! "
Posté par Aline1102 à  


Seul le poisson mort se laisse porter par le courant par Eve Lavigne

Vous voulez en apprendre plus sur le Burkina Faso ou l'auteure du blog?
Vous pouvez vous procurer son roman " Seul le poisson mort se laisse porter par le courant " sur www.evelavigne.com
www.smashwords.com
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Bonne lecture!

dimanche 5 novembre 2017

Mokoomba

Aujourd'hui, c'est un de ces jours où j'ai l'impression de me réveiller avec un 6e sens et de me dire
"mais comment j'ai pu vivre jusqu'ici en me passant de ça?"

Une personne merveilleuse m'a apporté un vrai bonheur cette semaine, elle a offert à mon âme tourmentée une douceur, une compassion, un amour rythmé, une vraie consolation.  Au moment où j'étais découragée, un peu triste, cette personne m'a écoutée, offert un verre de vin, une cigarette, et... Mokoomba.

Laissez-moi vous les offrir à mon tour, il y a trop d'amour pour moi seule là-dedans.  Je ne sais pas pour vous, mais quand je les écoute, je ressens cet élan qui donne envie de pleurer et de danser à la fois.

Les voici, Mokoomba, du Zimbabwe:






A la 35e minute de ce spectacle, une chanson pour sa maman, décédée.  Une chanson pour les orphelins aussi.  D'une beauté qui retourne...



Seul le poisson mort se laisse porter par le courant par Eve Lavigne
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Bonne lecture!