dimanche 9 juin 2013

Ces livres à lire absolument, partie 1

Pour les enfants, qui ont vécu ou iront au Burkina:

La Disparition du bébé chocolat

Andrée Poulin

Illustrations(s) de Allen Egan

Sommaire

Déracinée contre son gré, en colère, une jeune Québécoise a le mal du pays dans une Afrique où elle n’a aucun point de repère. La Disparition du bébé chocolat est un livre qu’il faut lire pour apprécier toute la complexité des rapports humains que sait décrire Andrée Poulin. Tous unis dans l’adversité au-delà des étiquettes raciales, voilà ce qu’inspire ce roman qui donne à voir le Burkina Faso.

Forcée de quitter le Québec pour l’Afrique à cause des activités professionnelles de ses parents, la jeune Léda, 10 ans, éprouve beaucoup de difficulté à s’adapter à sa terre d’accueil, le Burkina Faso. Une nouvelle école, une langue étrangère — le mooré —, la chaleur étouffante, des gens qui ne cessent de l’appeler « Nassara » (la Blanche) avec des regards hostiles n’aident en rien son adaptation. Et dire qu’elle doit encore attendre deux ans avant de revoir la neige du Québec! Heureusement qu’il y a le bébé chocolat, petit-fils de la vieille vendeuse d’arachides du marché. La vie de Léda devient beaucoup plus agréable lorsqu’elle peut prendre dans ses bras ce petit paquet de vie enjoué. Voulant exhiber son précieux trésor à ses copines de l’école, Léda conclut un étrange marché qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences pour son protégé. Saura-t-elle s’extirper de ce mauvais pas ?

Extrait

— Voici Awa. Elle ne parle pas français mais elle comprend les rires et les larmes.

La vieille sourit, dévoilant ses deux dents brunes. Elle pointe son index vers la tête de Léda et s’exclame:

— Elle dit que tes cheveux sont comme le miel qui coule, traduit Dieudonné.

Awa fait signe à Léda de s’asseoir près d’elle sur le sol poussiérieux. Elle défait le pagne délavé qui couvre son dos. Elle enlève sa bosse et pose un paquet tout chaud, tout doux, sur les genoux de Léda. Un bébé endormi. De minuscules bouclettes noires tire-bouchonnent sur son crâne. Son ventre, bombé et lisse, reluit comme un œuf de Pâques.

Le bébé pousse un grand soupir, remue la tête, relève lentement les paupières. Il regarde Léda droit dans les yeux. Sa bouche s’ouvre : une grotte-cerise. Un rire s’en échappe : un son de trompette enrhumée. Cet éclat joyeux vient chatouiller Léda au plus creux de son ventre. Le rire de Léda se réveille, se dérouille, monte lentement dans sa gorge. Il roule, roule, se gonfle et éclate! Pour la première fois depuis son arrivée en Afrique, Léda rit. Elle rit tellement qu’elle en perd son envie de mordre.



Pous les adultes qui veulent se rendre en Afrique sans sortir de leur salon:

Ebène, de Ryszard Kapuscinski, 

a été élu Meilleur Livre de l'année 2000 par la rédaction de Lire et a reçu le prix Tropique 2002 attribué par le Sénat.


Quand ryszard kapuscinski arrive comme journaliste en 1958 à accra, la capitale du ghana, il ne peut soupçonner que ce voyage sera le début d'une passion qui ne le quittera plus jamais.
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Pendant des années, ce grand reporter doublé d'un écrivain sillonne le continent noir, habite les quartiers des africains, s'expose à des conditions de vie qu'aucun correspondant occidental n'aurait acceptées. observateur exceptionnel, il croise des potentats comme nkrumah, kenyatta ou idi amin, témoigne de coups d'etat et de guerres civiles ; il essuie des fusillades, affronte des tempêtes de sable et supporte l'indescriptible chaleur africaine.
Mais kapuscinski s'intéresse surtout aux gens et sait gagner leur confiance. le tumulte de la vie quotidienne africaine le passionne davantage que les corruptions, les épidémies et les guerres meurtrières.

Extraits:

1. "Si on tombe sur un bitume de bonne qualité , le trajet peut être parcouru en une heure . Si on a affaire à une route abandonnée et impraticable , il faudra un jour de voyage , voire deux ou même trois pendant la saison des pluies . C'est pourquoi en Afrique , on ne dit pas : " c'est à combien de kilomètres?" Mais plutôt : " il faut combien de temps?" En regardant machinalement le ciel."

2. "L’Européen et l’Africain ont une conception du temps différente, ils le perçoivent autrement, ont un rapport particulier avec lui.

Pour les Européens, le temps vit en dehors de l’homme, il existe objectivement , comme s’il était extérieur à lui, il a des propriétés mesurables et linéaires. Selon Newton, le temps est absolu : « le temps mathématique, absolu, véritable, s’écoule de par lui-même, par sa propre nature, uniformément et non en fonction d’un objet extérieur. ». L’Européen se sent au service du temps, il dépend de lui, il en est le sujet. Pour exister et pour fonctionner, il doit observer ses lois immuables et inaltérables, ses principes et ses règles rigides. Il doit observer des délais, des dates, des jours et des heures. Il se déplace dans les lois du temps en dehors desquelles il ne peut exister. Elles lui imposent ses rigueurs, ses exigences et ses normes. Entre l’Homme et le temps existe un conflit insolite qui se termine toujours par la défaite de l’Homme.

Les Africains perçoivent le temps autrement. Pour eux le temps est une catégorie plus lâche, ouverte, élastique, subjective. C’est l’Homme qui influe sur la formation du temps, sur son cours et son rythme (il s’agit bien entendu de l’Homme agissant avec le consentement des ancêtres et des dieux). Le temps est même une chose que l’homme peut créer, car l’existence du temps s’exprime entre autres à travers un évènement. Or c’est l’homme qui décide si l’évènement aura lieu ou non. Si deux armées ne s’affrontent pas, la bataille n’aura pas lieu (et donc le temps ne manifestera pas sa présence, il n’existera pas).

Le temps est le résultat de notre action, et il disparait quand n’entreprenons pas ou abandonnons une action. C’est une matière, qui sous notre influence, peut toujours animer, mais qui entre en hibernation et sombre même dans le néant si nous ne lui transmettons pas notre énergie. Le temps est un ^tre passif, et surtout dépendent de l’homme. C’est tout à fait l’inverse de la pensée Européenne.
Pour le traduire en termes pratiques, cela veut dire que si nous allons à la campagne où doit se tenir l’après-midi une réunion, et qu’il n’y a personne sur les lieux de cette réunion, la question « quand aura lieu la réunion ? » est insensée. Car la réponse est connue d’avance : « quand les gens se seront réunis »

C’est pourquoi l’Africain qui prend place dans l’autocar ne pose aucune question sur l’heure du départ. Il entre, s’installe à une place libre et sombre aussitôt dans l’état où il passe la majeure partie de son existence : la torpeur"


Allah n'est pas obligé, Ahmadou Kourouma

Birahima est un enfant ivoirien d’une dizaine d’années. Sa mère, gravement malade, meurt et Birahima devient orphelin. Il part à la recherche de sa tante au Libéria. Yacouba, un féticheur musulman, qui se dit multiplicateur de billets, était de retour au village, et c'est lui qui va accompagner Birahima tout au long du voyage. Pris au piège par la guerre civile, ils s’engagent tous les deux auprès du Front National Patriotique du Libéria dirigé par le colonel Papa le Bon. Yacouba devient féticheur professionnel et Birahima se retrouve enrôlé comme enfant-soldat. Le livre raconte leur périple à travers des pays dévastés par la guerre (Libéria, Guinée, Sierra Leone) et dénonce la cruauté des conditions de vie de ces enfants-soldats.

Le titre a été choisi ainsi car il veut dire qu'« Allah n'est pas obligé d'être juste dans toutes ces choses ici-bas. »




Dans un pays africain imaginaire, le vénérable président-dictateur Koyaga écoute au cours d'une donsomana (geste expiatoire) le récit cathartique de sa vie durant six veillées données en son honneur par les griots de la confrérie de chasseurs à laquelle il appartient. Repu de compliments, complétant lui-même occasionnellement le récit, il ne soupçonne pas l'ambiguïté et les féroces critiques que ces flatteries dissimulent...




 























Quand on refuse on dit non est le dernier ouvrage écrit par Ahmadou Kourouma. Le roman est inachevé suite au décès de l'écrivain.
Il a été édité en 2004, aux Éditions du Seuil.

On y retrouve Birahima qui est de retour en Côte d'Ivoire. Kourouma y retrace les événements sombres de l'histoire récente de la Côte d'Ivoire au travers des yeux de cet ex-enfant soldat qui doit fuir le sud du pays pour échapper aux dérives de l'ivoirité.






Ahmadou Hampaté Bâ

Amadou Hampâté Bâ est né entre 1900 et 1901 à Bandiagara, chef-lieu du pays Dogon et ancienne capitale de l’Empire toucouleur du Macina. Enfant de Hampâté Bâ et de Kadidja Pâté Poullo Diallo, il est descendant d’une famille peule noble.

Peu avant la mort de son père, il sera adopté par le second époux de sa mère, Tidjani Amadou Ali Thiam, de l’ethnie toucouleur. Il fréquente d’abord l’école coranique de Tierno Bokar, un dignitaire de la confrérie tidjaniyya, avant d’être réquisitionné d’office pour l’école française à Bandiagara puis à Djenné. En 1915, il se sauve pour rejoindre sa mère à Kati où il reprendra ses études.
En 1921, il refuse d’entrer à l’École normale de Gorée. À titre de punition, le gouverneur l’affecte à Ouagadougou, en qualité d’« écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable ». De 1922 à 1932, il occupe plusieurs postes dans l’administration coloniale en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) puis jusqu’en 1942 à Bamako. En 1933, il obtient un congé de six mois qu’il passe auprès de Tierno Bokar, son maître spirituel.

En 1942, il est affecté à l’Institut français d'Afrique noire (IFAN) de Dakar grâce à la bienveillance de son directeur, le professeur Théodore Monod. Il y effectue des enquêtes ethnologiques et recueille les traditions orales. Il se consacrera notamment à une recherche de quinze ans qui le mènera à rédiger l’Empire peul du Macina. En 1951, il obtient une bourse de l’UNESCO lui permettant de se rendre à Paris et de rencontrer les milieux africanistes, notamment Marcel Griaule.

En 1960, à l’indépendance du Mali, il fonde l’Institut des sciences humaines à Bamako et représente son pays à la Conférence générale de l’UNESCO. En 1962, il est élu membre du Conseil exécutif de l’UNESCO. En 1966, il participe à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines. En 1970 prend fin son mandat à l’UNESCO.

Amadou Hampâté Bâ se consacre alors entièrement à son travail de recherche et d’écriture. Les dernières années de sa vie, il les passera à Abidjan à classer ses archives accumulées durant sa vie sur les traditions orales d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’à la rédaction de ses mémoires, Amkoullel l’enfant peul et Oui mon commansdant !, qui seront publiés en France en 1991. Il meurt à Abidjan en mai 1991.

Oeuvres

  • L'Empire peul du Macina (1955, nouvelle édition en 1984)
  • Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara (1957, réécrit en 1980), adapté       au théâtre par Peter Brook en 2003.
  • Kaïdara, récit initiatique peul (1969)
  • Aspect de la civilisation africaine (1972)
  • L'Étrange Destin de Wangrin (1973, Grand prix littéraire d'Afrique noire 1974)
  • L’Éclat de la grande étoile (1974)
  • Jésus vu par un musulman (1976)
  • Petit Bodiel (conte peul) et version en prose de Kaïdara (1976)
  • Njeddo Dewal mère de la calamité (1985, conte fantastique et initiatique peul)
  • Ce que vaut la poussière, contes et récits du Mali (1987)
  • Amkoullel l’enfant peul (Mémoires I, 1991) et Oui mon commandant ! (Mémoires II, 1994) seront publiés après sa mort
  • Il n' y a pas de petite querelle (2000)
  • Mémoires (2012)


  • Alain Mabanckou


    « Dis-moi comment tu noues ta cravate, je te dirai qui tu es » 

    Originaire du Congo, résidant à Paris depuis une quinzaine d'années, amoureux des cols italiens à trois boutons et des chaussures Weston, le narrateur est une sorte de dandy africain qui voit son existence basculer du jour au lendemain lorsque sa compagne le quitte pour suivre un compatriote qui joue du tam-tam dans un groupe qui n'est pas connu en France, 'y compris à Monaco et en Corse'. Il partage désormais son temps entre sa machine à écrire et le Jip's, un bar du 1er arrondissement fréquenté par la plupart de ses amis, personnages truculents aux noms inoubliables. Tous pensent qu'il s'est mis à l'écriture pour noyer son chagrin et exprimer sa colère. En réalité, c'est le journal d'un homme révolté qu'il entreprend d'écrire, croquant la folie du monde qui l'entoure.



    Le roman est raconté par un porc-épic, qui est un "double" d’un être humain, Kibandi. C'est un double dit "nuisible". À la différence des "doubles pacifiques" qui protègent et recherchent le Bien, les doubles nuisibles sont destinés au Mal. Alors qu’il attend sa mort d’un moment à l’autre, le porc-épic narrateur raconte son histoire à un baobab pour expliquer comment il s’est retrouvé pendant des années en association avec un être humain qui lui confiait des missions pour le moins étranges. Ce porc-épic était en effet le "double nuisible" de Kibandi. Ils avaient la même vie, le même souffle et, liés pour le meilleur et pour le pire, ils étaient censés mourir le même jour et à la même heure puisque l'un n'était que le prolongement de l'autre. Mais voilà que Kibandi est "assassiné" et que, par surprise, le porc-épic est encore en vie ! Pourquoi n'est-il pas mort avec son "maître" ? Il sait que ses heures sont désormais comptées, et il doit se confier avant qu’il ne soit trop tard et qu'on ne garde de lui que l'image d'un animal méchant.
    Depuis son enfance Kibandi était lié au porc-épic narrateur par une initiation opérée par Papa Kibandi. Entre l’homme et l’animal s’est installé une relation au détriment des habitants du village, jusqu’au jour où l’association se heurte à un obstacle de taille : deux garçons, des jumeaux, qui ne vont pas se laisser faire.


    Grégoire Nakobomayo, orphelin, a grandi dans une ville industrielle de l'Afrique post-coloniale. Accueilli quelque temps chez un couple instruit, il reçoit une éducation bourgeoise jusqu'au jour où il plante son crayon dans l'oeil du fils unique qui cherche à le violer. Obligé de fuir, il se réfugie dans le quartier le plus délabré de la ville et prend pour modèle 'Angoualima', le célèbre serial killer qui depuis des années défie le pays, ses juges, ses flics et ses journalistes. Mais n'est pas serial killer qui veut... Avec humour et ironie, Alain Mabanckou conte les déboires d'un psychopathe velléitaire et sans talent qui cherche dans la perversité un sens à sa vie.





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    Bonne lecture!

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